3. J'étais donc attablé
J’étais donc attablé dans une auberge de passage, à l’entrée d’un quelconque village, ruminant mes pensées et ma salade, envisageant peut-être, après une saison en la capitale, de partir à l’est avec les nouveaux colons, de peut-être contribuer à essayer de créer une société alternative aux cotés des utopistes qui s’y exilaient, ou même d’embarquer à bord de l’un de ces voiliers gigantesques qui partaient à l’assaut des îles du Matin pour en ramener histoires fantastiques et produits exotiques.
Perdu dans mes rêves, je ne prêtai d’abord pas attention au chahut qui s’élevait de l’autre coté de la porte, jusqu’à ce qu’on me prenne à parti, moi, Inquisiteur de la Vraie Foi.
Evidemment je ne pouvais pas passer inaperçu dans mon uniforme ocre qui, bien que taché de boue par mes pérégrinations, ne m’en permettait pas moins de bénéficier des faveurs des flagorneurs notables de province, et surtout d’inspirer la crainte et le respect dus aux pouvoirs que je représentais. On savait que j’avais fait étape dans cette auberge, on m’avait vu passer sur les chemins, et j’avais moi-même dû parader sur ces chemins pour montrer que l’Ordre n’était pas qu’un concept théorique et lointain, mais bien un pouvoir qui étendait son bras (son ombre ?) sur tout le territoire.
Et c’est donc tout naturellement vers moi qu’accourut un jeune homme tout juste pubère, en appelant à l’inquisiteur pour juger la sorcière qu’on amenait. Derrière lui arrivait un groupe de paysans sous les acclamations et les insultes de la population locale. Je ne la vis pas immédiatement, elle était masquée par l’attroupement et se protégeait des crachas et des injures sous les pans déchirés de sa robe de paysanne.
Elle semblait perdue au milieu de ce défoulement de frustration, et je pensais en voyant la foule arriver qu’il me serait encore une fois difficile de les convaincre qu’elle n’était sans doute pas sorcière, tout au plus légèrement plus intelligente qu’eux, peut être tout simplement trop forte pour n’avoir pas refusé les faveurs de certains ou trop jolie pour n’avoir pas éveillé la jalousie de certaines.
J’annonçais donc à la foule que j’entendrais les témoignage individuellement et que je m’entretiendrais avec tous ceux qui voudraient témoigner, afin d’établir justement la réalité des faits.
C’est peut-être naïf de ma part, c’est peut être aussi un peu prétentieux, mais c’est la seule satisfaction que j’ai encore à exercer ma fonction : rétablir les torts et les raisons dans de tels cas d’hystérie collective.
J’aime à penser que si je n’avais pas été là, la pauvre fille aurait été lapidée ou jetée hors de la cité, où elle n’aurait probablement connu de sauveur qu’un boucanier qui en aurait fait de la chair à plaisirs.
Après de nombreuses auditions au cours desquelles chacun eut l’occasion de se plaindre qui du mauvais temps, qui de son voisin qui labourait sur ses terres, qui du mauvais œil qui s’acharnait sur ses poules et les empêchait de pondre, tout cela bien sûr à cause de la sorcière, la mauvaise femme, que certains ne connaissaient même pas, qui avaient seulement entendu les cris dans la rue et avaient subitement trouvé une coupable à leurs problèmes, après deux jours d’auditions, j’en avais assez entendu pour établir que comme toujours dans ces cas une pauvresse avait été accusée par un mauvais bougre, et que la rumeur avait fait le reste… Il ne me restait plus qu’à m’entretenir avec elle pour comprendre quelle erreur elle avait commise, quelle sensibilité elle avait blessé qui n’avait trouvé d’autre issue que l’accabler plutôt que se remettre en question.
Perdu dans mes rêves, je ne prêtai d’abord pas attention au chahut qui s’élevait de l’autre coté de la porte, jusqu’à ce qu’on me prenne à parti, moi, Inquisiteur de la Vraie Foi.
Evidemment je ne pouvais pas passer inaperçu dans mon uniforme ocre qui, bien que taché de boue par mes pérégrinations, ne m’en permettait pas moins de bénéficier des faveurs des flagorneurs notables de province, et surtout d’inspirer la crainte et le respect dus aux pouvoirs que je représentais. On savait que j’avais fait étape dans cette auberge, on m’avait vu passer sur les chemins, et j’avais moi-même dû parader sur ces chemins pour montrer que l’Ordre n’était pas qu’un concept théorique et lointain, mais bien un pouvoir qui étendait son bras (son ombre ?) sur tout le territoire.
Et c’est donc tout naturellement vers moi qu’accourut un jeune homme tout juste pubère, en appelant à l’inquisiteur pour juger la sorcière qu’on amenait. Derrière lui arrivait un groupe de paysans sous les acclamations et les insultes de la population locale. Je ne la vis pas immédiatement, elle était masquée par l’attroupement et se protégeait des crachas et des injures sous les pans déchirés de sa robe de paysanne.
Elle semblait perdue au milieu de ce défoulement de frustration, et je pensais en voyant la foule arriver qu’il me serait encore une fois difficile de les convaincre qu’elle n’était sans doute pas sorcière, tout au plus légèrement plus intelligente qu’eux, peut être tout simplement trop forte pour n’avoir pas refusé les faveurs de certains ou trop jolie pour n’avoir pas éveillé la jalousie de certaines.
J’annonçais donc à la foule que j’entendrais les témoignage individuellement et que je m’entretiendrais avec tous ceux qui voudraient témoigner, afin d’établir justement la réalité des faits.
C’est peut-être naïf de ma part, c’est peut être aussi un peu prétentieux, mais c’est la seule satisfaction que j’ai encore à exercer ma fonction : rétablir les torts et les raisons dans de tels cas d’hystérie collective.
J’aime à penser que si je n’avais pas été là, la pauvre fille aurait été lapidée ou jetée hors de la cité, où elle n’aurait probablement connu de sauveur qu’un boucanier qui en aurait fait de la chair à plaisirs.
Après de nombreuses auditions au cours desquelles chacun eut l’occasion de se plaindre qui du mauvais temps, qui de son voisin qui labourait sur ses terres, qui du mauvais œil qui s’acharnait sur ses poules et les empêchait de pondre, tout cela bien sûr à cause de la sorcière, la mauvaise femme, que certains ne connaissaient même pas, qui avaient seulement entendu les cris dans la rue et avaient subitement trouvé une coupable à leurs problèmes, après deux jours d’auditions, j’en avais assez entendu pour établir que comme toujours dans ces cas une pauvresse avait été accusée par un mauvais bougre, et que la rumeur avait fait le reste… Il ne me restait plus qu’à m’entretenir avec elle pour comprendre quelle erreur elle avait commise, quelle sensibilité elle avait blessé qui n’avait trouvé d’autre issue que l’accabler plutôt que se remettre en question.
